31 octobre 2012: Sandy l'Ouragan, acte V

publié le 31 oct. 2012 à 06:53 par K A   [ mis à jour : 12 nov. 2012 à 06:38 ]
48h après, dressons un petit bilan de Sandy l'Ouragan.

Tout s'est éteint quelques minutes après le dernier post faisant état des inondations. 

Ambiance de folie.

Adieu veau, vache, cochon, ou plutôt escalopes, steaks, bacon... Le gaz fonctionne toujours, nous en sommes réduits à nous goinfrer pour ne pas gâcher.

Le petit dèj ce matin... on n'y peut rien, ils avaient déjà décongelé...

Mais revenons au coeur des événements. Vous êtes en live (légèrement différé) depuis Jersey City. L'eau est arrivée dans notre rue peu après la coupure du courant. On ne pensait vraiment pas qu'elle monterait jusque là. Le coeur serré, nous l'avons regardée grimper jusqu'à mi-essieu des voitures stationnée dans la rue, et venir lécher les pneus de la nôtre, un poil plus haut sur la sortie de garage. C'est marée haute... Près de City Hall, les voitures sont submergées.


Une heure plus tard, l'eau commence à se retirer. On a eu chaud. Avant d'aller nous coucher, nous remplissons la baignoire au cas où l'eau soit coupée elle aussi (pour pouvoir continuer à "flusher" les toilettes), et plaçons les bouteilles d'eau congelées, gardées au freezer, dans la partie frigo du réfrigérateur.

Au petit matin, le gaz fonctionne toujours: si la situation se prolonge, nous pouvons tenir longtemps dans ces conditions. Opération riz au lait et oeufs durs pour éviter de gâcher les denrées les plus périssables du frigo. Réquisition du lecteur CD de Doud' pour suivre les nouvelles à la radio. Les nouvelles arrivent au compte goutte, reportage après reportage: 4.5 millions d'usagers sans électricité, dont 2.5 millions dans le NJ; plus de 17 morts dont déjà 10 à NYC; le Holland Tunnel inondé, comme les tunnels du Subway sous East River, et les tunnels du PATH sous l'Hudson; les boardwalks arrachés à Atlantic City mais aussi à Jersey City, au pied du bureau d'Al; les pistes de JFK sous l'eau, et des dommages probables sur les infrastructures de contrôle... Il y en a pour des jours, peut-être des semaines avant que les transports en commun reprennent, et pour la région, pour une ville comme NYC, c'est surréaliste. 
Nous revenons sur notre jugement des Amish, qui s'en sortent certainement mieux que nous à l'heure qu'il est et se marreraient bien s'ils avaient la radio.

Sans Internet, Al est comme un poisson hors de l'eau. Le phénomène atteint son paroxysme à 17h30, quand la nuit tombe, six heures avant l'heure habituelle du coucher les jours où il est malade. Pour se dégourdir les jambes avant l'heure fatale, il sort se balader dans le quartier, et rapporte des clichés édifiants:

L'arbre tombé chez les copains sans faire de dégâts... et qui a sans doute été pris en photo 245867189 fois par les nombreux badauds dans les heures qui ont suivi.


Normalement, le boardwalk est posé sur les poutres...

L'Hudson l'a posé sur l'herbe, un peu plus haut.

A la tombée du jour, l'appartement se transforme en sanctuaire. Chaque petite action du quotidien prend des allures de procession sacrée, à la lueur pâlotte de l'unique lampe tempête que chacun suit religieusement de pièce en pièce. Une fois les lardons nourris, baignés et couchés, il faut se rendre à l'évidence: il est 20h45, il n'y a plus rien à faire. Al s'allonge sur le canapé et contemple les immeubles au loin. Le courant est revenu sur cette portion de la ville, et la lumière qui se dégage des appartements est joyeuse, chaleureuse, comme une multitude de petites étoiles scintillantes dans ce noir absolu qu'est notre quartier et notre salon.
Tout à coup... "Oh les s*lauds, t'as vu? Ils ont éteint leur salon!!! Les mecs, ils ont du jus et ils ETEIGNENT LA LUMIERE!!!" Al n'en peut plus. Il vendrait presque son chat pour quelques minutes avec la fée Electricité. AU XXIe siècle, 24h+ sans courant, sans connection, c'est long, très long.



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