6 septembre 2012: "Jurez-vous de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité?"

publié le 9 sept. 2012 à 15:26 par K A   [ mis à jour : 12 sept. 2012 à 10:58 ]
Oula, oula, que pasa??

Rien de bien grave, juste la fin de cette histoire de conduite avec permis expiré, une infraction qui, dans le New Jersey tout du moins, vous envoie directement devant le juge.

De là à se faire coller le jour de la rentrée scolaire de Doud', avec une Doudette de 12 jours sous le bras... C'est ce qui se passe quand on ne reçoit pas les convocations à cause d'une erreur d'adresse postale, et qu'on se fait imposer une nouvelle date.

Donc, à l'heure où Doud' se réveillait tranquillement et enfilait son uniforme avec Al pour sa première heure d'école, voilà où je me suis retrouvée:


(désolée, j'ai pas eu la juge, il fallait éteindre les portables...)

Doudette, qui avait été parfaite jusque là, s'est évidemment réveillée quelques minutes avant le lever de rideaux. Le siège-auto faisant une balancelle exécrable sur les bancs du tribunal, il a fallu lui coller un biberon au bout de 10mn (allaiter au tribunal? Non, merci.). Elle l'avait à peine fini que les 15 convoqués -dont je faisais partie- ont du se lever pour saluer l'entrée de la juge, technique apparemment imparable pour provoquer un rot sonore chez un nourrisson. Ca a au moins eu le mérite de détendre l'atmosphère...

La juge a ensuite prononcé son introduction d'usage, quelque chose sur le fait que nous avions tous des droits, que nous étions tous innocents jusqu'à preuve du contraire, qu'on pouvait repousser l'audience à une date ultérieure si besoin (ben tiens, dis-moi ça maintenant que j'ai officiellement raté la rentrée de mon fils), etc. Elle a ensuite expliqué que les affaires qui allaient être traitées ce matin concerneraient des PV de stationnement, des infractions au code de la route, ainsi que d'autres sujets "criminels". Là, j'ai tout à coup regardé mes voisins (de parfaits inconnus) avec méfiance, en serrant un peu plus fort Doudette dans mes bras... "criminel", "criminel" comment???

Les premiers dossiers ont été ouverts: collision entre deux véhicules, stationnement illégal sur parking handicapé, impayés d'amendes centenaires ou presque... Certaines personnes viennent avec leur avocat, d'autres ne sont pas là mais sont représentées par leur avocat, d'autres ont besoin d'un interprète.
Doudette n'en perd pas une miette: hors de question de retourner dans le siège-auto, c'est trop intéressant! La juge remarque tout à coup ce petit machin qui s'agite un peu, et cherche mon dossier pour me faire passer en priorité. Je suis donc convoquée à la barre (le petit machin sous le bras, collé illioc presto dans ledit siège-auto, et pas trop content), où je dois décliner mon identité. La juge me demande s'il s'agit bien, comme l'explique le dossier, d'une seule contravention pour conduite avec permis non valide (puisqu'expiré), si je plaide coupable ou innocente, et si je préfère voir le procureur tout de suite ou bénéficier d'un procès. Je confirme tout, plaide évidemment coupable (une date d'expiration, c'est plutôt un truc écrit noir sur blanc, incontestable...), et renonce au procès. 

On me fait sortir de la salle (Doudette toujours sous le bras), je patiente 15mn puis me retrouve devant le procureur, qui me demande simplement dans un coin de salle d'attente si suite à cette contravention j'ai bien fait renouveler mon permis. Je lui montre le nouveau permis, il valide mon dossier et me renvoie dans la salle d'audience.

Là-bas, les affaires continuent à s'enchaîner: conduite d'un véhicule commercial sans permis de conduire commercial, contraventions multiples impayées, d'autres PV de stationnement impayés. Certains plaident non coupables et doivent se justifier immédiatement (une photo prise sur leur téléphone portable peut suffire); d'autres demandent un procès, et ceux qui souhaitent assurer eux-mêmes leur défense (sans avocat) sont alors prévenus par la juge qu'ils partent désavantagés puisqu'ils vont se retrouver face à un procureur dont c'est le métier et qui traite des dizaines de dossiers similaires par jour.
Le fameux "criminel" s'avère être un type pris en flagrant délit de grillage de feu rouge, sans ceinture, sans permis de conduire et sans assurance. Il est présent avec son avocat, qui souhaite reporter l'audience pour vérifier des éléments; la juge lui précise qu'au vu de la "gravité des faits", l'avocat devra prouver le statut d'immigration de son client, car s'il n'est pas citoyen américain mais aspire à le devenir un jour, cette affaire aura un impact sur son acceptation.

C'en est trop pour Doudette. Devant tant d'incivilité et le manque de trucs à boire pendant le spectacle, à moins que ce ne soit encore la raideur des bancs du tribunal, elle recommence à se manifester crescendo. Forcément, c'est au moment où je dégaine l'artillerie lourde et le deuxième biberon que la juge, de nouveau prise de pitié, se remet à éplucher sa pile de dossiers pour me faire revenir à la barre.

Je décline une nouvelle fois mon identité, puis dois lever la main droite et jurer de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité (la main gauche balance d'avant en arrière le siège-auto de Doudette sur la table des accusés). Quand je confirme que je conduisais sans permis de conduire valide ce fameux matin d'avril, la juge me confirme une méga-prune de $189. Doudette, qui vire cramoisi de colère depuis qu'elle s'est fait retirer le deuxième biberon du bec cinq secondes après l'avoir entamé, fait part de son indignation, mais c'est bouclé: je quitte le tribunal 10mn plus tard, après avoir reçu ma "facture" et l'avoir réglée dans la foulée.

Il est 10h10, Doud est à la porte de l'école... Je n'aurai pas le temps d'y être à l'heure, mais on se rattrapera le lendemain.

La bonne nouvelle, c'est que la suspension de mon permis de conduire est annulée, et qu'on ne m'y reprendra plus...
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