Oui, je les aime d'amour.

publié le 14 déc. 2011 à 08:07 par K A   [ mis à jour le·18 janv. 2012 à 18:17 par A L ]


Ode à ce couple parfait: machine à laver et sèche-linge.
 
Non, je n'ai pas complètement disjoncté. Mais dès que je les ai vus tous les deux, serrés l'un contre l'autre, mon coeur a fondu comme le cheese sur le burger.

Retrouver une machine à laver privée après deux ans de laverie de quartier a quelque chose d'enivrant.

En arrivant aux Etats-Unis, nous savions que la laverie de quartier serait une habitude à prendre - c'est le mode de fonctionnement de la plupart des Américains vivant en appartement. Nous pensions même - pauvres fous que nous étions - que cela pourrait être un exercice follement amusant, une plongée directe au coeur de l'Amérique profonde, une chance de plus de partager la vie quotidienne des Américains, le genre d'expérience humaine qui fait dire "on est en famille". Bref, un exercice anthropologique passionnant.

Ces douces illusions ont disparu au premier lavage: la laverie la plus proche se situait à deux pâtés de maison. Ca n'a l'air de rien, comme ça, mais imaginez que votre machine à laver est loin, dehors, au bout de la rue / à une station de métro mais sans le métro / de l'autre coté du périph / au fond du champ. Ca veut dire que même s'il fait -15°C dehors (et ici, c'est normal en hiver), vous devez y aller, et surtout, vous habiller pour affronter les -15°C du trajet puis les +35°C moites et étouffants à destination. Ca veut aussi dire qu'en plus de faire une croix sur le très français je-mets-une-machine-à-tourner-cette-nuit-et-on-verra-demain, vous pouvez faire une croix tout court sur le je-vais-faire-autre-chose-pendant-que-ça-tourne. Oui, parce que vous n'avez pas le temps de rentrer chez vous pendant le lavage (25mn), et qu'ensuite n'importe qui peut ouvrir votre tambour de séchage (45mn) avec les jolies chemises de votre mari et vos chouettes petites culottes à vous. Donc voila une belle heure de bloquée, là-bas. 

Ah, la laverie. Ce microcosme tropical sans fenêtres, où cohabitent tout un tas d'odeurs suspectes aux narines du néophyte : moisissure (pourtant invisible), détergents en tous genres, kebab et frites du gérant... 

En général, il ne se passe rien. Le monologue téléphonique de la desperate housewife d'à côté empêche toute lecture sérieuse, et les écouteurs de mp3 ne suffisent pas à couvrir les hurlements-miaulements de son petit dernier, qui rampe sous sa chaise, quand il ne met pas de grands coups de pieds dans la vôtre, bancale. L'heure s'étire... Vous sentez votre cerveau se ramollir, pétri, malaxé par le ronronnement des tambours de séchage, alors qu'à l'entrée la télévision crachote un vieux générique de soap arabe (le gérant était Palestinien).

De temps en temps, pourtant, on tombe sur un truc palpitant, comme le jour où le Captain Sully a posé son avion sur l'Hudson, à 500m à vol d'oiseau. Ce jour-la, la télé était allumée sur les news, c'était cool. Sinon, vous pouvez aussi inonder la laverie avec une manche de pull coincée dans la porte du tambour. Ca, contrairement à l'avion dans l'Hudson, c'est arrivé deux fois. 

Machine à laver, chère machine à laver.

Evidemment, à la laverie, le seul jour de la semaine un peu intéressant est celui où il ne faut surtout pas y aller, le samedi après-midi, le jour où toutes les familles nombreuses du coin se donnent rendez-vous pour faire leur lessive mensuelle au même moment, et accessoirement laver leur linge sale entre voisins. Avec ces lavandières des temps modernes, l'endroit prend des airs de kermesse géante, et devient par la même occasion le sanctuaire des âmes esseulées : dans cette étuve qui grouille alors de vie, il n'est pas rare de voir une petite mamie ou un vieux monsieur sans âge, assis sur la chaise bancale, l'oeil rivé sur l'écran du téléviseur. Eux, ils ont visiblement choisi le samedi après-midi pour venir faire leur lessive. Après tout, on est en famille.

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